Peut-on démissionner pendant un congé maternité ?
Le droit du travail repose sur un principe fondamental : la liberté de rompre son contrat de travail.
Ce principe découle notamment de l’article L1237-1 du Code du travail, qui reconnaît la possibilité pour le salarié de rompre son contrat de travail à durée indéterminée par démission.
Par conséquent, oui, une salariée peut tout à fait démissionner pendant son congé maternité.
Ce point est clairement admis en droit du travail : le congé maternité suspend le contrat de travail, mais il ne supprime pas la liberté de démissionner. La salariée conserve donc la possibilité de rompre son contrat à tout moment.
Cette règle peut surprendre, car dans le même temps, la salariée bénéficie d’une protection renforcée contre le licenciement. Cette protection est notamment prévue par l’article L1225-4 du Code du travail, qui encadre strictement le licenciement pendant la grossesse et le congé maternité.
Autrement dit, l’employeur ne peut pas rompre le contrat (sauf exceptions très strictes), mais la salariée, elle, reste libre de partir.
En pratique, cette situation donne souvent lieu à des hésitations, notamment après une naissance, lorsque se posent des questions de réorganisation professionnelle ou familiale.
Plus largement, l’organisation des congés peut également soulever des difficultés juridiques.

Démission pendant congé maternité et indemnités journalières
La démission pendant le congé maternité soulève immédiatement une inquiétude : les indemnités journalières sont-elles maintenues ?
Sur ce point, le raisonnement est simple : les indemnités journalières de maternité sont versées par la Sécurité sociale et non par l’employeur. Elles sont ouvertes en fonction de droits acquis avant le début du congé.
Ainsi, le fait de démissionner pendant le congé maternité n’interrompt pas, en principe, leur versement.
La salariée continue donc à percevoir ses indemnités jusqu’au terme du congé maternité, dès lors que les conditions d’ouverture des droits étaient réunies au départ.
Ce mécanisme repose sur le principe de maintien des droits en matière de sécurité sociale. En application des articles L.311-5 et L.161-8 du Code de la sécurité sociale, une personne qui cesse son activité peut continuer à bénéficier des prestations en espèces, dont les indemnités journalières de maternité, pendant une durée limitée, généralement fixée à douze mois.
Autrement dit, la démission n’entraîne pas automatiquement la perte des droits : elle permet, dans certains cas, de prolonger les droits déjà ouverts, à condition de conserver la qualité d’assurée sociale.
Cette analyse est confirmée par la jurisprudence de la Cour de cassation.
La Haute juridiction rappelle en effet que le maintien des indemnités journalières dépend des droits ouverts avant la rupture du contrat de travail, et non de la seule situation postérieure du salarié.
Ainsi, elle juge que l’assuré ne peut bénéficier du maintien de ses droits que s’il relevait, antérieurement, d’un régime ouvrant droit à ces prestations (Cass. civ. 2e, 14 février 2019, n° 17-21.004).
Autrement dit, la démission pendant le congé maternité n’a pas pour effet de supprimer les indemnités journalières, mais elle ne permet pas non plus d’en créer de nouveaux : seuls les droits déjà acquis peuvent être maintenus.
En revanche, ce maintien suppose que les conditions d’affiliation soient toujours remplies. Une rupture de la qualité d’assurée ou un changement de situation peut ainsi remettre en cause le versement des indemnités.
C’est un élément essentiel à intégrer dans la réflexion, car il permet d’éviter des décisions prises sur une mauvaise compréhension des mécanismes sociaux.
Sur ce point, il peut être utile de comprendre dans quels cas un employeur peut refuser une démission.
Démission pendant congé maternité et droit au chômage
La question du chômage est, en pratique, la plus déterminante.
Le principe : pas de droit au chômage après une démission
En droit, la règle est constante : la démission n’ouvre pas droit à l’allocation chômage (ARE), sauf exceptions.
Ce principe repose sur une logique simple : pour être indemnisé, il faut être privé involontairement d’emploi.
Or, la démission est, par définition, une rupture volontaire.
Ce principe s’applique quelle que soit la période :
- pendant un congé maternité
- après un congé maternité
- ou même pendant la grossesse
Autrement dit, le fait d’être en congé maternité ne modifie pas les règles d’ouverture des droits au chômage.

Un point essentiel : la démission ne permet pas de créer de nouveaux droits
Il est fréquent de penser qu’une inscription à Pôle emploi suffit à ouvrir des droits.
C’est faux.
La jurisprudence rappelle clairement que :
l’allocation chômage peut maintenir des droits existants,
mais elle ne peut pas créer de nouveaux droits en cas de démission.
La Cour de cassation a ainsi jugé que l’assuré ne peut bénéficier d’indemnités journalières que s’il relevait, antérieurement à son admission au chômage, d’un régime ouvrant droit à ces prestations (Cass. 2e civ., 14 février 2019, n° 17-21.004).
Autrement dit, le chômage prolonge des droits déjà acquis, mais ne permet pas d’en créer de nouveaux après une démission.
Ainsi, une salariée qui démissionne ne pourra être indemnisée que si sa situation entre dans un cadre spécifique reconnu.
Les exceptions : les démissions dites légitimes
Certaines démissions permettent toutefois d’ouvrir des droits à l’assurance chômage.
Parmi les cas les plus fréquents :
- Le suivi de conjoint
Lorsqu’une salariée quitte son emploi pour suivre son conjoint qui change de lieu de résidence pour des raisons professionnelles, la démission est considérée comme légitime. Cette situation est particulièrement fréquente après une naissance.
- La reprise d’un nouvel emploi
Une démission pour occuper un nouvel emploi peut également ouvrir des droits si cet emploi est rapidement interrompu.
- Des situations exceptionnelles
Certaines situations graves (non-paiement du salaire, conditions de travail incompatibles avec la poursuite du contrat) peuvent également être reconnues.
Une vigilance particulière avec Pôle emploi
Un point souvent mal compris concerne l’articulation entre chômage et sécurité sociale.
Contrairement à une idée répandue, la perception du chômage ne crée pas de droits nouveaux. Elle permet uniquement de prolonger des droits déjà ouverts.
La jurisprudence a ainsi rappelé que :
Une démission volontaire ne permet pas de bénéficier du maintien des droits aux prestations en espèces, sauf si les conditions légales sont remplies, et notamment l’existence d’une perte involontaire d’emploi (Cass. 2e civ., 14 février 2019, n° 17-21.004).
Dans cette décision, la Cour de cassation censure le raisonnement consistant à accorder des indemnités journalières à une assurée au seul motif qu’elle percevait le chômage, en rappelant que ces droits doivent avoir été ouverts antérieurement.
Elle confirme également que la seule absence d’indemnisation ou d’information ne permet pas de contourner cette règle (Cass. soc., 22 septembre 2015, n° 14-14.553).
Autrement dit :
- démission → pas d’ARE (sauf exception)
- pas d’ARE → risque de perte de certains droits sociaux
Le préavis en cas de démission pendant un congé maternité
Le sujet du préavis est souvent mal compris et c’est là que les erreurs sont les plus fréquentes.

Le principe : un préavis reste applicable
En principe, la démission entraîne l’obligation d’effectuer un préavis, dont la durée dépend du contrat ou de la convention collective.
Contrairement à une idée répandue, le congé maternité ne supprime pas automatiquement le préavis.
Deux situations doivent être distinguées :
- Si le préavis est notifié pendant le congé maternité, il peut commencer à courir immédiatement ;
- Toutefois, son exécution est impossible pendant le congé, puisque le contrat est suspendu.
Dans ce cas, en pratique, le préavis est reporté après le congé maternité, sauf accord contraire.
La dispense de préavis : une solution fréquente
Dans de nombreux cas, les parties choisissent de ne pas exécuter le préavis.
Cette dispense peut :
- être demandée par la salariée ;
- être acceptée par l’employeur ;
- ou être convenue d’un commun accord.
Attention : en l’absence d’accord, l’employeur peut réclamer une indemnité compensatrice.
Démission pendant congé maternité pour un nouvel emploi
Certaines salariées profitent du congé maternité pour préparer un changement de trajectoire professionnelle.
La démission peut alors intervenir pour rejoindre un nouvel employeur.
Cette situation est juridiquement possible, mais nécessite une anticipation sérieuse :
- vérifier la sécurité du nouvel emploi ;
- organiser le préavis ;
- anticiper les conséquences en cas de rupture rapide.
Une démission précipitée peut exposer à une période sans revenus, ce qui est particulièrement sensible dans un contexte familial.
Le cas particulier de la démission pour suivi de conjoint
La démission pour suivi de conjoint constitue un cas particulier en droit du chômage.
Elle permet de :
- démissionner librement ;
- tout en conservant ses droits à l’allocation chômage (ARE).
Ce mécanisme repose sur un principe juridique clair : certaines démissions sont assimilées à une perte involontaire d’emploi, condition normalement exigée pour ouvrir droit à l’indemnisation (article L5422-1 du Code du travail).
Un cadre strictement encadré par les textes et la jurisprudence
Pour être reconnue comme légitime, cette démission doit répondre à plusieurs conditions cumulatives, régulièrement rappelées par les juridictions.
- Un changement de résidence du conjoint pour un motif professionnel
La démission n’est légitime que si le conjoint change de résidence pour exercer un nouvel emploi.
La jurisprudence exclut expressément les simples convenances personnelles.
Ainsi, il a été jugé qu’en l’absence de motif professionnel du déménagement, la salariée ne peut être regardée comme involontairement privée d’emploi (CAA Douai, 20 décembre 2018, n° 17DA01287).
- Un lien direct entre la démission et ce changement
La salariée doit démontrer que sa démission est directement motivée par le suivi du conjoint.
À défaut de preuve suffisante, le bénéfice du chômage est refusé.
Par exemple, une demande a été rejetée faute de justificatifs établissant ce lien (CAA Douai, 27 mai 2010, n° 08DA01372).
- Un délai raisonnable entre les événements
La démission doit intervenir dans un délai cohérent avec le changement de situation familiale.
Les juges se réfèrent notamment aux accords d’assurance chômage, qui exigent un lien temporel rapproché (CA Angers, 18 février 2021, n° 18/00750).
- Le respect des conditions classiques d’ouverture des droits
Comme pour toute indemnisation, la salariée doit remplir les conditions habituelles (durée d’affiliation suffisante, inscription comme demandeur d’emploi, etc.), rappelées notamment par la jurisprudence (CA Besançon, 22 octobre 2008, n° 07/01885).
Une appréciation stricte du caractère légitime
La jurisprudence adopte une approche rigoureuse :
- une démission pour convenance personnelle est exclue ;
- la preuve du motif légitime incombe à la salariée ;
- le lien avec l’activité professionnelle du conjoint doit être réel et vérifiable.
À l’inverse, lorsque ces conditions sont remplies, les juges peuvent sanctionner un refus injustifié d’indemnisation, au nom notamment du respect de la vie familiale.
À retenir :
- La démission pour suivi de conjoint est une exception au principe d’absence de chômage après démission ;
- Elle est assimilée à une perte involontaire d’emploi ;
- Mais elle suppose des conditions strictes et des preuves solides.
Ces situations relèvent plus largement du droit du travail, que nous détaillons ici.
Comment rédiger une lettre de démission pendant congé maternité ?
Sur le plan formel, la démission n’est soumise à aucun formalisme strict.
Cependant, pour des raisons de sécurité juridique, certaines précautions sont indispensables.
La lettre doit :
- exprimer clairement la volonté de démissionner ;
- être datée ;
- être adressée à l’employeur.
L’envoi en recommandé avec accusé de réception est fortement conseillé.
Il n’est pas nécessaire de motiver sa décision, sauf cas particulier (par exemple : démission légitime).

Pour comprendre vos droits, il peut être utile de se référer à notre page en droit du travail.
Fonction publique et congé parental : des règles distinctes
Dans la fonction publique, la démission est soumise à une acceptation de l’administration, avec des modalités spécifiques.
Par ailleurs, le congé parental obéit à des règles différentes du congé maternité, notamment en matière de rupture du lien avec l’employeur et de préavis.
Faut-il démissionner pendant ou après le congé maternité ?
Il n’existe pas de réponse universelle.
Démissionner pendant le congé maternité peut permettre d’anticiper un départ ou de saisir une opportunité.
À l’inverse, attendre la fin du congé peut offrir une meilleure visibilité sur ses droits.
Le choix dépendra notamment :
- de l’accès au chômage ;
- de la situation familiale ;
- du projet professionnel.
Pour une vision globale, vous pouvez consulter notre page dédiée au droit du travail.
Conclusion : une décision à encadrer juridiquement
La démission pendant congé maternité est autorisée, mais elle soulève des enjeux importants.
Entre le préavis, les droits au chômage et le maintien des indemnités journalières, une mauvaise décision peut avoir des conséquences durables.
En pratique, chaque situation mérite une analyse personnalisée.


